Source : Le Devoir
La télévision de Radio-Canada doit faire face à une compression budgétaire de 13 millions, dont quatre millions dans le seul secteur de l'information.
Résultat: cinq postes de reporters nationaux (sur 40) seront abolis, principalement à l'émission Zone libre.
Les artisans du secteur de l'information de Radio-Canada savaient depuis
décembre qu'une compression de quatre millions allait être imposée dans le secteur, mais c'est hier qu'ils ont pris connaissance de l'ampleur des dommages.
L'«effort global», pour reprendre un euphémisme administratif, s'élève à 13 millions pour l'ensemble de la télévision française, dont six millions à la télévision générale, trois millions dans le secteur du soutien et des
régions, et quatre millions en information. On ne connaît pas encore l'effet réel des compressions en télévision générale, mais elles seront plus visibles en information, puisque les ressources humaines constituent la partie
la plus importante du budget dans ce secteur. Le budget total de l'information télé se situe autour de 64 millions.
Selon les informations disponibles hier, 21 ou 22 postes seront abolis dans le secteur de l'information, dont 11 au Syndicat des communications, qui regroupe, entre autres, les journalistes, recherchistes et assistantsréalisateurs, et au moins 10 chez les réalisateurs. On ne sait pas encore combien d'employés se retrouveront au chômage : on peut procéder, par exemple, à des mises à la retraite, à des non-renouvellements de contrats, à des mises à pied de surnuméraires.
En plus des cinq postes de reporters nationaux, ce qui correspond à 12,5 % de l'ensemble des effectifs, le service de l'information abolira deux postes de reporters spécialisés. Zone libre, qui compte 26 émissions dans sa formule actuelle, n'en comptera plus que huit l'année prochaine, censées être de «grandes enquêtes» qui se poursuivraient le soir par un débat au Point.
Les autres éditions de l'émission seraient des documentaires achetés de producteurs indépendants et le personnel actuel de Zone libre serait déplacé ailleurs. On favorisera également la mise en commun de certaines équipes, par exemple pour les émissions Enjeux et Justice.
Radio-Canada déclare qu'on ne diminuera aucunement le nombre d'heures consacrées à l'information dans la grille-horaire, ce qui est exact pour le moment. Mais les artisans de Zone libre sont déçus et en colère. Comme le fait remarquer le président du Syndicat des communications Daniel Raunet, «pour la première fois de son histoire le diffuseur public va devoir renoncer à sa tradition de production et de diffusion de grands reportages produits par le réseau français».
M. Raunet a écrit ces derniers jours à la ministre du Patrimoine, Liza Frulla, pour protester contre l'abandon de la formule actuelle de Zone libre, et les artisans de l'émission ont écrit à la présidente du conseil
d'administration de Radio-Canada, Carole Taylor. Dans leur lettre, ils font valoir que les reportages de Zone libre étaient couverts de prix, et qu'ils étaient régulièrement repris sur TV5, dans le monde, à cause de leur
caractère universel et international. «On assiste en fait à un début de privatisation de l'information à la télévision de Radio-Canada», écrivent-ils.
Daniel Raunet ajoute que la décision du gouvernement Martin d'imposer une nouvelle compression à Radio-Canada est d'autant plus incompréhensible que «le gouvernement nage dans les surplus budgétaires».
Pour compliquer encore plus la situation, Radio-Canada pourrait faire face à d'autres compressions au printemps, puisque Ottawa a évoqué l'idée d'imposer une compression de 5 % à tous les organismes gouvernementaux et para-gouvernementaux. Du côté de la radio française de Radio-Canada, on indiquait toutefois ne prévoir aucune compression pour le moment.
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