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La Chaîne culturelle de Radio-Canada - Une radio culturelle à redéfinir par Sylvain Lafrance

Jan 13, 2004

Source : Le Devoir

Quelle place une radio publique aussi distinctive doit-elle occuper?

Sylvain Lafrance est vice-président de la radio française de Radio-Canada. Ce texte est présenté dans le cadre d'une réflexion sur l'offre culturelle de la radio publique

Il est dans les objectifs premiers de Radio-Canada de faire en sorte que le service public occupe toujours une plus grande place dans notre espace médiatique. C'est pourquoi, après avoir étendu son rayonnement dans 20 nouvelles régions au pays, nous entreprenons en ce début d'année de repenser notre Chaîne culturelle de façon à ce qu'elle réponde davantage aux attentes des citoyens canadiens et qu'elle soit le reflet de la culture francophone.

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Le positionnement de cette chaîne radiophonique unique, distinctive et singulière a souvent fait l'objet de débats et c'est normal. «Le monde de la culture n'est pas celui de l'immortalité, c'est celui de la métamorphose», disait André Malraux.

Je rappellerai d'entrée de jeu ce à quoi je crois profondément : la Chaîne culturelle de Radio-Canada ne sera jamais une radio «commerciale», mais elle sera toujours à l'écoute de son auditoire et des citoyens qui lui donnent sa légitimité.

Un courant mondial

Dans ce cadre et dans la mouvance des exercices de réflexion en cours actuellement partout dans le monde, nous devons plus que jamais, comme les Français, les Anglais, les Belges ou les Suisses, redéfinir l'offre de notre radio culturelle. Parce que partout dans le monde le constat est le même : la concurrence s'accroît et se diversifie, l'auditoire vieillit et risque de s'effriter.

Depuis sa création en 1974, la Chaîne culturelle a toujours maintenu son image de radio de qualité. Si nous avons réussi par une programmation de choix à répondre aux attentes du public dans plusieurs régions, la situation est demeurée plus difficile dans la grande région de Montréal où nos propres auditeurs ont quelquefois répondu à d'autres offres.

Cela s'explique : la concurrence est plus grande en radio, la télévision spécialisée offre maintenant des émissions culturelles et musicales plus ciblées, enfin Internet nourrit bien ceux et celles qui cherchent la spécialisation à tout prix. L'environnement médiatique a changé et la stabilité dont nous avons fait preuve depuis près de 20 ans n'est plus un acquis.

Les défis de la Chaîne culturelle

Comment donc définir en 2004 la place d'une radio publique aussi distinctive ? La réponse se trouve dans la forme et la personnalité de cette radio, et bien sûr dans l'écoute des attentes des auditeurs.

La radio est une place publique. Un lieu réel où se côtoient ceux et celles qui partagent un même besoin, une même lecture, une même curiosité aussi. Et ce lieu doit être un tout cohérent. Cette cohérence, dans le service public du moins, ne se trouve pas dans un «format» spécifique. Cette cohérence se trouve dans la mobilisation des artisans autour d'une idée radiophonique, d'un projet musical et culturel. La Chaîne culturelle de Radio-Canada doit donc devenir une place publique à forte personnalité. Elle doit être un lieu de diffusion, de débats, d'interactions, d'approfondissement aussi. Mais les formes doivent respecter les habitudes et les manières des citoyens qui écoutent aujourd'hui la radio.

Dans ce contexte, nous devons réfléchir à une approche nouvelle des critères que doit respecter une radio culturelle. Premièrement, de nombreux utilisateurs souhaitent que la manière de s'adresser au public change; deuxièmement, nous devrons relever le défi de faire une chaîne musicale avec un contenu culturel toujours aussi intelligent, dont l'offre de musique et de contenu est plus large; troisièmement, nous devons faire en sorte que cette chaîne assume des fonctions d'accompagnement.

La culture doit être le fil conducteur de la Chaîne culturelle comme l'information est celui de la Première Chaîne radio de Radio-Canada.

Plus encore, la Chaîne culturelle de Radio-Canada doit être originale. Elle doit être une radio de référence dans le monde de la culture et de la musique. Elle doit être un espace avide de littérature, de musique, de tendances nouvelles. Elle doit aussi être un lieu de création et de découverte. La Chaîne culturelle doit offrir aux francophones de ce pays à la fois un espace et un accès à la culture.

Mais pour accomplir cette mission unique, et puisqu'elle est d'abord et avant tout une radio, elle doit aussi être un lieu de plaisir, d'étonnement, de chaleur et de communication humaine. La radio est un média simple : quelqu'un qui parle à quelqu'un. Avec intelligence, avec passion, avec générosité.

Imaginons concrètement une place publique où circulent chaque jour les créateurs, les penseurs, les artisans de notre vie musicale et culturelle. Un même plateau, partagé par tous nos artisans. On y retrouve toutes les musiques, toutes les paroles, tantôt sous forme de chroniques, tantôt d'analyse, tantôt de réflexion mais toujours, avec la curiosité et la passion de ses artisans. Imaginons un espace indispensable pour ceux et celles qui ont la culture à l'esprit.

Ouvrir son récepteur radio à la Chaîne culturelle, c'est débarquer dans cet espace unique. C'est aussi avoir le goût d'y rester. C'est avoir le goût d'en faire une destination indispensable.

Une approche évolutive

L'élaboration de la prochaine grille de la Chaîne culturelle ne constituera pas à proprement parler une rupture avec ce qu'elle a été jusqu'à présent. La Chaîne a toujours maintenu sa tradition de qualité et son éclectisme. Elle doit maintenant marquer un virage important sur la forme, et sur sa manière.

Nous avons aujourd'hui la chance d'offrir aux auditeurs canadiens un espace culturel dynamique, étonnant et actuel. Une radio au discours unique.

Cette radio doit être conçue pour ceux et celles qui cherchent dans l'environnement médiatique actuel, un rendez-vous musical et culturel différent. Je sais que nous avons la compétence et le dynamisme nécessaire pour relever ce défi extraordinaire.

Et ce faisant, nous continuerons de jouer notre rôle de service public utile et essentiel.

© Le Devoir